Rencontre avec Olivier, l’ami des personnes âgées

Olivier Lefébure est accompagnateur spirituel pour les personnes âgées. Il assure une présence active pour stimuler les personnes âgées et leur faire retrouver le sourire. C’est un personnage. Je le connais depuis plusieurs mois et j’ai souhaité vous le présenter dans une belle et longue interview, sans filtre!

Bonjour Olivier, peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Olivier Lefébure : Je m’appelle Olivier, j’ai 63 ans et je fais de l’accompagnement de personnes âgées dépendantes depuis une vingtaine d’années. Au départ, c’était uniquement le weekend, comme bénévole, dans le cadre d’une association caritative. C’est là que j’ai fait mes premières armes ! Au fil des ans, j’ai pu y développer et étoffer mon approche et enrichir la qualité du service que j’apportais. De fait, avec les personnes âgées, j’étais dans mon élément, parfaitement à l’aise. Elles aussi avaient l’air parfaitement à l’aise… Et heureuses !

Avant de faire de l’accompagnement mon métier, j’étais consultant indépendant en Contrôle de gestion, et j’avais une activité bénévole, le weekend à la Conférence Saint Vincent de Paul. C’est une association caritative qui agit en faveur des personnes dites pauvres, les exclus de la société, notamment les SDF, les réfugiés et … les personnes âgées ou malades.

C’est dans ce cadre que j’ai commencé à faire de l’accompagnement.

Et puis, un beau jour il y a environ cinq ans, j’ai eu un déclic. Je m’aperçois soudain que mon métier n’a aucun sens, que je perds ma vie à essayer de la gagner. En revanche, mon activité d’accompagnement de personnes âgées dépendantes, elle, avait un sens, donnait vraiment un sens à ma vie. Et en plus répondait à un vrai besoin urgent, notamment avec le vieillissement de la population et l’échec patent des maisons de retraite pour offrir cette dimension humaine qui est si nécessaire et que je veux offrir.
En outre, j’avais le sentiment intime que j’étais personnellement appelé à cette mission.

C’est dans son accomplissement que j’étais parfaitement moi-même, parfaitement à ma place, et où j’avais les meilleurs résultats concrets pour le plus grand bonheur des gens que j’accompagnais.

J’étais donc irrésistiblement conduit à m’y engager totalement, à temps plein, en me faisant un peu rémunérer par les familles, parce que l’accompagnement c’est du temps, de la patience, de l’énergie et qu’on ne vit pas que d’eau fraîche !

En quoi consiste ton accompagnement ?

L’accompagnement que je propose est strictement Humain, et vise la dimension psychologique et morale de la personne.

Par exemple : lutter contre le sentiment de solitude, d’exclusion, l’ennui, la morosité, l’assoupissement intellectuel, etc.
Le succès de mon action se lit sur les visages des personnes que j’accompagne. Qu’elles retrouvent le sourire et le rire, et pour moi c’est gagné !
La personne a retrouvé le bien-être et la joie de vivre. Le sourire et le rire sont pour moi des marqueurs incontestables.

L’accompagnement que je propose s’attache à STIMULER la personne âgée, sur ce que j’appelle mes 3 piliers. Ils sont à mon avis nécessaires et suffisants pour assurer le bien-être de la personne :

  • Physique (marches, sorties), MARCHER
  • Intellectuel et cognitif (par la parole et la discussion), PARLER
  • Physiologique (se réhydrater en buvant de l’eau), BOIRE

Au risque d’être mal interprété, je prends le risque de dire que je veux apporter aux personnes âgées de l’Amour et de la Joie. Un amour authentique et une joie intérieure profonde.

Je construis un lien personnel, un contact humain avec la personne âgée qui se sentait souvent seule ou isolée, même si effectivement, elle ne l’est pas.

Je veux lui assurer une vraie présence, une écoute, une véritable empathie, qui d’ailleurs n’est pas feinte. Un des buts est de redonner confiance. Que les personnes âgées retrouvent leur dignité et leur joie de vivre. Concrètement, pour arriver à cela, je cherche à les stimuler sur les plans physique, intellectuel et cognitif, et, nous le verrons tout à l’heure, sur un aspect physiologique essentiel.

Par exemple, Jeanne-Suzanne, une de mes protégées (protégé est le nom que je donne à mes bénéficiaires) était une femme de plus de 95 ans, veuve ou divorcée, en tout cas mère d’un enfant qui l’avait reniée. Bref, une femme depuis très longtemps très isolée. Quand je l’ai rencontrée, elle n’avait plus parlé à personne depuis plus de 6 mois !
Littéralement, elle-ne-savait-plus-parler ! Elle ne trouvait plus ses mots ! Au début, tout ce qu’elle marmonnait était in-com-pré-hen-sible ! Après plus d’un an de mes visites, elle parlait parfaitement bien, et surtout elle avait retrouvé le sourire !

Certes avant, elle avait bien des contacts quotidiens avec les soignantes, mais les échanges étaient réduits au strict minimum. Pas suffisants !

Faute d’échanges réels, comme nous tous, les personnes âgées ont tendance à se refermer sur elles-mêmes. Elles ont besoin de reconnaissances et de signe de reconnaissance, et elles le manifestent d’une façon ou d’une autre !
Centrer toute son existence sur le rythme des soins, n’est pas satisfaisant pour la personne. Au contraire, cette routine hospitalière tend à focaliser toute son attention sur leurs bobos. Elles perdent pied avec leur humanité. Mon rôle consiste justement à leur faire reprendre pied dans la vraie vie avec de vrais rapports humains.

Ainsi, la première fois que j’ai rencontré Jeanne-Suzanne, elle était dans le mutisme le plus complet. Elle insultait et râlait en permanence contre tout le monde. Ça a été assez facile, je me suis assis à côté d’elle en souriant, je lui ai pris la main et je l’ai écoutée. Assez rapidement, après 2 ou 3 rencontres, j’ai gagné sa confiance, toujours avec mes armes fatales que sont le rire et le sourire !

Avec le sourire et le rire, on partage quelque chose d’où naît une complicité et se répand la bonne humeur, la joie, une compréhension mutuelle, verbale ou non verbale.

Un lien beaucoup plus fort qu’on ne croit se tisse, presque à notre insu ; et c’est un lien qui a tout pour durer. Ainsi, ultérieurement et pendant des années, à chaque fois que nous nous croisions avec Jeanne-Suzanne, à la salle à manger par exemple, alors qu’elle continuait de pester contre tout le monde, sur son fauteuil roulant, dès qu’elle me voyait, elle arborait un large sourire, et ouvrait grand les bras en me disant « Ah, mon ami, mon ami, mon vieil ami, c’était le bon temps ! » Imaginez le bonheur (bonheur partagé ?) que c’était pour moi ! Et croyez-le, c’est ça, mon premier salaire !

Olivier ami des personnes âgées

A quelle fréquence rencontres-tu tes protégés ?

J’essaye de les voir chacun de deux à trois fois par semaine. Chaque séance dure entre 2h et la demi-journée selon le besoin et l’humeur. Compte tenu de ce planning, je ne peux pas avoir plus de six ou sept protégés simultanément. Bien sûr, en cas d’urgence ou de besoin spécifique, j’arrive toujours à m’arranger, mais si je veux être présent et disponible pour mes bénéficiaires habituels, je dois me restreindre.

Combien coûte ta prestation ?

Je ne veux pas être un poids administratif, je ne veux pas non plus tricher, aussi je me fais payer par Chèque Emploi Service (CESU) de 18 euros l’heure. Apparemment, La prestation est éligible à l’APA, et il semble que, compte tenu de la population concernée et du CESU, cela donne droit à l’avoir fiscal de 50% pour les services à la personne.

Qui sont tes protégés ?

J’allais dire, toute personne âgée qui manifeste le besoin de ne pas être seule. Mais en fait, de préférence, je m’adresse à des personnes âgées qui ont eu des vies variées, intéressantes, même simples. Bref, des gens qui ont des choses à raconter ! C’est avec ces personnes que j’ai le meilleur contact et que j’arrive à développer le plus d’empathie. Mais attention, souvent, des personnes qu’on croyait sans intérêt s’avèrent passionnantes et quelquefois plus profondes que les personnes expansives.

A t’entendre, on dirait que ta méthodologie s’adapte à chaque personne, comment définis-tu la “feuille de route” ?

En discutant avec les proches et les soignants de la personne, j’essaye de comprendre quels sont ses centres d’intérêt, ce qui pourrait les stimuler. En fonction de leur ancienne profession, de leur environnement, de ce qu’ils appréciaient. Mais tout ce contexte ne sert que de socle. Le plus important, c’est le premier contact avec la personne. Je n’ai pas de méthode a priori, j’agis à l’instinct, au feeling.

Fondamentalement, Je pense que chacun d’entre nous a un Génie, un domaine où il excelle, pour lequel il est particulièrement doué, et surtout dans lequel il est parfaitement lui-même, à l’aise, maître de la situation.

De ce fait, son action est efficace, il a naturellement le Savoir-faire et Savoir-être. Eh bien, moi, en toute modestie, mon génie c’est les Personnes Agées !

Il suffit d’une heure de tête à tête pour qu’on sorte avec l’impression qu’on se connaît depuis toujours. Elle radieuse et souriante, moi le cœur gonflé de joie !

C’est à partir de ce que je reçois des personnes, que je vais imaginer des activités qui répondront à leurs goûts.

Par exemple, un de mes protégés, ancien professeur, atteint de la maladie d’Alzheimer, est malheureux parce qu’il est désorienté, se perd et n’arrive plus à se repérer dans son quartier. Pour stimuler son intelligence spatiale, j’ai acheté un grand plan de Paris de 1m sur 1,3m, qu’on a épinglé sur le mur de sa chambre. Ainsi avant chaque sortie, nous repérons l’itinéraire que nous allons prendre. Et je soupçonne, j’espère qu’il progresse ! Avec un autre couple, lui Alzheimer, elle aveugle, avait besoin de se sentir moins encadré, plus autonome. Je les ai emmenés faire de la marche nordique dans la forêt de Meudon. C’était un vrai bonheur de les voir lâchés seuls dans les sentiers forestiers avec ce sentiment de liberté absolue (sous ma surveillance discrète mais vigilante !)

Avec d’autres, je vais avoir une activité centrée sur la lecture. En ce moment, j’ai découvert un livre savoureux : Le Guide des Egarés de Jean d’Ormesson que je lis avec délectation à un père Mariste de 96 ans, ancien proviseur et professeur de philo. On se plonge dans cette écriture délicieuse, puis on en parle, on l’illustre d’exemples personnels concrets, etc.

En fait, tu l’as compris, Il n’y a pas de recette. Tout dépend de la personne. C’est d’ailleurs ce qui est sympa dans ce boulot, et c’est aussi pour cela que je ne me lasse pas, et que je ferai ça jusqu’à la fin de mes jours !

Olivier ami des personnes âgées

Travailles-tu plutôt avec des personnes âgées en EHPAD ou à domicile ?

Oui, bien sûr, puisqu’en EHPAD il y a une concentration de personnes âgées ! Mais ce n’est pas un critère, parce qu’il y a autant de sentiment de solitude dans les EHPAD que dans les à domicile. On pense aussi bien à la personne cloîtrée chez elle parce qu’elle est invalide, qu’à la personne âgée en EHPAD, assise dans le hall d’entrée, regardant avec un air abattu et triste les gens qui entrent et qui sortent, en attendant l’heure du repas !

En fait tout dépend de la famille. Soit elle est proche, soit elle est éloignée ; soit elle est attentionnée soit elle est indifférente !

Le plus favorable pour moi, c’est une famille éloignée et attentionnée, bien sûr. Parce qu’il faut aussi prendre en compte que les EHPAD sont très chers. C’est un gros sacrifice pour nombre de familles. Elles n’ont pas toujours la possibilité de s’offrir mes services, aussi bon marché soient-il, même si le bonheur de leur parent âgé en dépend. C’est pourquoi, dans les EHPAD où j’interviens, je pense toujours à saluer ou faire un signe et un sourire aux personnes assises en rang d’oignons dans le hall d’accueil.

C’est toujours le problème de la solitude, ou du moins du sentiment de solitude. En EHPAD, malgré leur bonne volonté, les personnels soignants n’ont pas le temps et la disponibilité nécessaires !

D’ailleurs, c’est exactement ça que je leur offre : du temps et de la disponibilité, de l’écoute et de la bienveillance.

Il m’arrive également que des personnes m’indiquent des amis à eux, seuls ou en couple, qui se sentent isolés et ont besoin de voir quelqu’un éventuellement pour leur donner un coup de main ou simplement être présent. Ainsi j’ai accompagné un couple dont le mari avait la maladie de Parkinson. Et nous discutions beaucoup de sa vie, de ses passions au cours d’une carrière très internationale. Jusqu’au jour où nous nous sommes découvert un intérêt commun pour la marche nordique. Nous avons fait plusieurs petites randonnées tous les trois. Cela a fait plus que de leur faire beaucoup de bien. Ils se sont sentis véritablement revivre ! A leur grand dam, Ils avaient dû arrêter de pratiquer car Monsieur était trop fragile et sa femme pas assez forte pour le relever s’il tombait. Imaginez la joie qu’ils ont pu ressentir en se retrouvant sur les chemins… comme autrefois ! Ils revenaient 20 ans en arrière ! Et le bonheur de se sentir libre, au grand air !

Les personnes qui vivent isolées à domicile, quelle est leur plus grande crainte ?

Leur plus grande crainte, je dirais même leur hantise, reste d’être envoyées en EHPAD, d’être déracinées. Les gens aimeraient vieillir et mourir chez eux.

Bien encadré et bien organisé, le maintien à domicile est manifestement humainement la meilleure solution. Et, quoiqu’on dise, il est souvent possible. Je ne comprends pas pourquoi, on s’évertue à dire le contraire. D’ailleurs, j’ai connu plusieurs cas où, avec de bonnes aides à domicile dans tous les domaines (les soins, bien sûr, mais aussi le kiné, le coiffeur, la pédicure, une personne la nuit (éventuellement en colocation intergénérationnelle) ils évitent ou au moins repoussent loin la maison de retraite !

En définitive, les maisons de retraite n’ont répondu que très partiellement aux besoins de notre population vieillissante. Sur le plan des soins, et de l’hôtellerie, le concret, le matériel, elles répondent pas mal malgré le manque de personnel. Mais sur le plan qualitatif, sur le plan humain, reconnaissons que c’est un échec.

A tort ou à raison, les maisons de retraite sont perçues comme de véritable mouroirs. Bien sûr, les gens qui y entrent savent que c’est probablement leur dernière demeure. Je prétends qu’il ne doit pas être très difficile de faire de cette dernière étape une période de réflexion voire élévation humaine et spirituelle. Puisque les soucis matériels (à l’exception des douleurs) ne sont plus d’actualité.

olivier ami des personnes agées

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ton métier ?

Pour moi, avec les personnes âgées, rien n’est difficile !
Je me sens parfaitement bien avec elles. Mais ce qui est plus important, c’est qu’en général, ELLES se sentent bien avec moi.
Comme je l’ai dit et répété, avec le rire, le sourire et la bonne humeur, on désarme toutes les résistances. Et quoi de plus enthousiasmant que de voir un large sourire, voire un grand éclat de rire, illuminer le vieux visage ridé autrefois abattu d’une personne qui vous a ému et que vous avez fini par aimer!

Le plus difficile, c’est d’identifier et repérer les personnes âgées avec lesquelles je vais pouvoir créer cette relation d’amitié plus que d’aide et leur redonner le sourire et la joie.
Ce qui est frustrant, c’est de savoir qu’elles sont nombreuses, ces personnes qui se morfondent actuellement, chez elles ou en EHPAD, et ne demandent qu’un peu de cette joie-là !

Comment fait-on pour te contacter ?

Sur ma page Facebook.
Les personnes intéressées peuvent aussi m’envoyer un e-mail à o.lefebure@olivier-accompagnement.com.
Ou encore, dans l’immédiat, plus traditionnel (et pour moi plus facile et plus direct) au téléphone : 06.20.62.28.88

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2018-09-07T14:24:39+00:00

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